20 juillet 2018 ~ 0 Commentaire

Charli(n)e et Medine

Au mois d’avril, #vanne-haut-le-coeur, Charline Vanhoenacker dézingue Apple et l’Education Nationale à propos de sorties scolaires organisées dans des Apple Store.

« J’ai une pensée pour tous les parents qui se disent : « Au moins quand mes enfants sont à l’école, ils sont pas devant leur tablette ! » Eh, les enfants, n’oubliez pas, demain on a notre sortie scolaire chez Apple… Dites à vos parents de ne pas préparer le déjeuner, parce que juste avant, on ira tous au Mc Do ! »

Charline ne croit pas si bien dire : selon le canard enchaîné du 18/07,

  • Mc Do a recruté début 2017 le bankable auteur Marc Levy pour l’écriture de livres pour enfants (livres que le resto joint à ses happy meal)
  • et, en partenaire officiel investi de « la grande fête du livre jeunesse » organisée par le ministère de la Culture du 11 au 22 juillet, Mc Do reconvertit certains de ses employés à une activité de conteur, pour divertir les minots pendant qu’ils dégustent leur burger.

Si Marc Levy est en panne d’inspiration, on pourra lui suggérer le thème du mariage de la carpe et du lapin.

Hélas, tous les enfants n’auront pas droit à cette invitation au bon goût et à la lecture, comme le montre Charlie dans un dessin de 2015 :

charliedroitaubut

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Le 2 sept 2015, le petit syrien Aylan est retrouvé mort noyé sur une plage turque alors qu’il tente de rejoindre l’Europe avec sa famille. La photo du petit garçon sans vie échoue sur tous les écrans d’ordinateurs.

TOPSHOTS-TURKEY-GREECE-EUROPE-MIGRANTS

Deux rappels du drame dans Charlie

1) Dans son numéro du 09/09, Riss reprend la scène macabre, ajoute un panneau Mc Do sur la plage, fait dire à Ronald : « Promo ! 2 menus enfant pour le prix d’un » et assortit le dessin de la légende : « si près du but… ».

charliedroitaubut

Le crobard est suivi de brocards : mauvais goût, cynisme… Et une interrogation légitime : comment Charlie Hebdo peut-il faire ses choux gras d’un petit cadavre qui s’échoue dans nos bras ?

D’abord une critique factuelle : on peut reprocher à Riss un contresens puisque le corps de Aylan a été ramené au point de départ turc par les flots ; il n’a pas été roulé sur une grève de l’Eldorado !
Mais Riss aurait pu maintenir la référence à Aylan à condition de changer l’orientation du petit corps : pieds dans l’eau et tête vers le pays d’accueil (qui rime tristement avec cercueil).

Point positif. L’opposition Sud/Nord est pertinente :

  • prosternation musulmane en bas Vs croix chrétienne suggérée par le panneau et les bras ouverts de Ronald,
  • couleur Vs simples contours sans encrages.

J’y vois aussi une critique acerbe de la société occidentale dont les illusions (consommation, spectacle…) sont incarnées par un clown démoniaque/flippant/cauchemardesque et sont concentrées dans le M de Mal…bouffe.

Message sur l’absurdité du monde : un enfant du Sud, quasi « renoi », se noie dans l’hémisphère de l’enfant-roi.

2) Mi-janvier 2016, après les agressions sexuelles à Cologne la nuit du nouvel an (où 18 des 34 personnes inculpées sont des demandeurs d’asile), Riss « ressuscite » le petit Aylan, devenu jeune adulte, visage porcin et mains ouvertes pour tripoter des fesses teutonnes.

charliefesses

Cette fois-ci, le dessin ne sent pas l’eau de Cologne. Un mot revient pour le caractériser : raciste !

Le dessin est « sale » mais « tout » se défend à condition de s’en donner la peine : en forçant le trait, l’hebdo (fidèle à sa tradition satirique) pose la question légitime du « rapport entre ces déchainements pulsionnels et la vision que nombre d’hommes, dans les sociétés arabo-musulmanes, ont des femmes« . N’a-t-il pas, de la même façon, lié la pédophilie dans l’église catholique aux inévitables frustrations dues à l’absurde et hypocrite exigence du célibat des prêtres ?

eglise

Toute défense repose sur un principe salutaire : replacer l’objet incriminé dans un cadre plus large et préciser les contours du « lieu d’énonciation ». Non, Charlie n’est peut-être pas islamophobe, Charlie semble taper sur tout ce qui bouge.

Mais cet effort de cerner celui qui parle/dessine/chante ne doit pas être réservé à certains, à ceux qui sont proches de nous culturellement/idéologiquement/philosophiquement…

Cet effort doit être réitéré à chaque fois que la provocation implique la polémique et ce, même si on a un a priori négatif sur l’énonciateur et même si on doit le faire à contre-coeur.

C’est le cas pour le controversé rappeur Médine à qui on souhaiterait interdire l’accès à la scène du Bataclan.

« Comment un chanteur proche de l’islamiste Ramadan peut-il se produire dans une salle où des djihadistes ont massacré des spectateurs innocents ? » hurle la meute.

Je suis estomaqué du fait qu’aucun des indignés ne demande des comptes à la direction du Bataclan, langue dans la poche, visiblement prête à s’en mettre plein les fouilles quelles que soient les positions du chanteur qui se produit sur sa scène.

Je me demande par ailleurs si tous les commentateurs patentés, qui ont repris comme un seul homme la phrase désormais culte « Crucifions les laïcards comme à Golgotha« , ont pris le temps d’étudier la totalité de « l’oeuvre » du bougre.

Que reproche-t-on à Médine ?

  • un appel au meurtre ? Répondons-lui plutôt sur le même ton : « mort aux cons ! » au lieu de monter sur nos grands chevaux.
  • une référence hostile au christiannisme ? Oui mais c’est à ses risques et périls : dans ce cas, le musulman Médine serait immédiatement assimilé à un … juif !

Dans la chanson « don’t laik » – titre subtil qu’on ne peut que liker si on écarte la mauvaise foi -, Médine ne s’en prend pas aux mécréants (contresens répandu), il combat les partisans les plus radicaux de la laïcité, c-à-d les anti-religieux (en particulier moi). C’est son droit, au nom de la liberté d’expression si chère à Charlie.
N’a-t-il pas le droit d’appeler de ses voeux une laïcité plus souple ? Qu’on se rassure, il n’oublie pas nos petits frères de souche :

  • « On parlera laïcité ente l’Aïd et la Saint-Matthieu »
  • « Pas de signe ostentatoire, pas même la croix de Jésus ».

Puisqu’il faut lutter contre l’énergumène Médine car il est hors de question de céder un pouce sur le terrain de la laïcité, je pré-con-ise la méthode « Charlie à tout prix ».

medine (dessin réalisé avec Paint, inspiré d’une caricature vue sur Internet)

A cause des retombées en publicité gratuite, faut cesser, une bonne fois pour toutes, de pousser des cris d’orfraie. Miskine…de l’or frais pour le fréro Médine.

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