21 décembre 2017 ~ 0 Commentaire

Je suis moi, je me suis.

« Je n’ignore pas combien il est malpropre de parler de soi, et quel blâme on s’en attire« , dit Cocteau.

Démarche si moche et si récurrente sur cette place que je devrais débaptiser les deuxzoiseaux (en référence aux garçons) et opter pour laideux-oiseau, au singulier (pour ma petite personne).

Les deux phrases ci-dessus ne sont que rhétoriques. Produits pédantesques de ma coquetterie.

Car, à dire vrai, je n’ai rien à faire de l’agacement que peuvent provoquer mes petites histoires.

Ici, je suis chez moi (**).

Et chez moi, j’essaie d’être moi. En vérité, puisque je me mets en scène sur ce blog, me dirige et me crée en permanence, j’adopterai la jolie formule d’un poète portugais :

comment donc emploierai-je le verbe être, sinon en le transformant tout d’un coup en verbe transitif ? Alors, promu triomphalement, antigrammaticalement être suprême, je dirai : “Je me suis.”

Je suis pessimiste. Quand les potes de Fac à la Réunion tremblaient dans l’attente des résultats des partiels, je tremblais avec eux. Par sympathie ? Non, je ressentais de la jouissance à me faire peur. « Putain, mais pourquoi t’es pessimiste comme ça toi ? tu sais bien que ça a marché ! » me disaient-ils. J’aurais aimé leur répondre avec les mots de Cocteau :

Je préfère être pessimiste. Je l’ai toujours été, par optimisme. J’espère trop pour ne pas me mettre en garde contre une déception. (La difficulté d’être, p. 87)

Pessimiste par optimisme…Je cultive un parterre d’autres ambiguités. Une façade tranquille pour un intérieur en ébullition. Une impression de paresse qui ne correspond pas à mon activité…

Comprenne qui pourra, je suis un mensonge qui dit toujours la vérité.

Vendredi dernier, je dis à mon collègue Marien que j’échappe à la corvée des cadeaux de Noël parce que Sof gère tout ça de main de maître ; il me lance alors envieux : « pas d’achat, pas de déclaration d’impôt puisque tu m’as dit que c’est ta femme qui s’en occupe. Mais, putain, tu fais quoi en fait ? En réalité, tu vis comme un ado… »

Je retrouve la même incrédulité et curiosité chez Arnaud quand il me demande (le week-end qui suit/ repas de Noël chez Lio et Carine) comment je meuble mes journées.

Plus déroutant. Une partie de ma personnalité reste un mystère pour Sof. Par exemple, avec amertume, elle perçoit chez moi un défaut d’empathie. Je m’inscris en faux contre une telle allégation :

Quand t’es dans la même pièce que moi et que mon petit orteil me rappelle qu’on a trop de meubles, le grand boum de la collision n’est jamais immédiatement suivi d’un cri de douleur et de rage. Cela pourrait déclencher une réaction de stress chez toi et, inquiète, tu t’enquerrais dans la foulée de mon état avec insistance, le stress croissant si j’avais le mauvais réflexe de reprendre mon souffle avant de te répondre. C’est parce que j’ai conscience de ta réactivité et de ton émotivité, c’est parce que je suis capable de me mettre à ta place, c’est parce que j’imagine chez toi une désagréable réponse à un tel stimulus, que j’amplifie et utilise le temps de latence entre le choc foudroyant et le « aïe » pour te rassurer (alors que tu n’as rien demandé).

« c’est rien, tout va bien…Aïïïe…putain sa race… »

Je retarde le tonnerre après l’éclair et, dans cet intervalle de temps, je m’emploie à ménager ton petit coeur. Du coup, j’y gagne parfois, ne vivant pas en live la douleur qui gronde, en savourant une moins vivace. Je n’agis pas dans le présent mais suis dans l’anticipation. Ce n’est pas de l’empathie ça ?

Comme le dit un poète portugais (le même qui est cité plus haut), je suis de ces âmes que les femmes disent aimer, et qu’elles ne reconnaissent jamais quand elles les rencontrent.

(**) Mise à jour 14/01/2018

Henry de Montherlant, Les Jeunes Filles, folio, p. 143
Bien à vous. Le B de Bien est en réalité un R – « rien à vous » – mais griffonné de telle sorte qu’on peut s’y méprendre.

Coup du B/R largement utilisé par Montherlant : à la parole de Rousseau « enlevez les hommes et tout est bien », j’ai toujours répondu : « enlevez les hommes et tout est rien ».

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