16 avril 2017 ~ 0 Commentaire

Domi-glotte

- Francophones, BONJOUR !

La voix du guide était puissante. L’orateur avait du talent, deux mots suffirent à capter le public.

- Excusez-moi si j’écorche par endroits la langue de Molière, je parle 7 langues et y perds donc parfois mon latin.

Sof laissa échapper un « ouaah » d’admiration. Plus méfiant, je ris dans ma barbe blanche : « Oh putain, on est tombés sur un boulet ! »

Aucun accent étranger dans son introduction, sa précaution préliminaire n’était donc qu’un prétexte pour se vanter d’être polyglotte.

En 5 minutes, Fabien étancha notre curiosité et bien plus, si bien que, très rapidement, on se demanda si le bonhomme n’avait pas des accès de mythomanie/n’était pas désaxé par la mythomanie. On sut (ou crut savoir) ses origines, son héritage indépendantiste (mère corse, oncle paternel fondateur de l’ETA), ses idées politiques, sa haine de la France et son mépris des Français. Une boutade qu’il devait resservir à chaque groupe mais qui fit son effet comique :  » un étranger préfère apprendre le français à essayer de comprendre un Français qui parle anglais.« 

Sur l’île de Ko Hong, il m’invita à m’arrêter devant une plaque commémorative du tsunami de 2004. Sans que je le solicitasse, il se lança dans une traduction du message écrit en anglais mais fut à la peine dans cet exercice improvisé.

- y a là plusieurs mots que je n’ai jamais vus…arose par exemple…??? s’excusa-t-il, sans rogner son capital de crédibilité puisqu’il était convaincu que moi Français ne capte rien d’une langue étrangère.

-Ah oui, arose…en fait c’est un prétérit irrégulier, comme pour rise : arise, arose, arisen… ça veut dire arriver, survenir.

Le polyglotte aurait dû tourner sa langue 7 fois dans sa bouche.

En le voyant baragouiner avec une famille espagnole, je compris que sa maitrise du castillan était perfectible et je pris un malin plaisir, à ses côtés, à tirer vanité des restes scolaires de mes lointains cours de langue.

- ¿Quiere que tome la foto ? demandai-je au père qui faisait poser sa femme et son fils sur le pont du bateau.

Fabien, on analyse la phrase ? vouvoiement, verbe à diphtongue et subjonctif présent.

Et bien…ça va apporter de l’eau à ton moulin à paroles : le Français (demi-glotte) parle mal les langues étrangères mais… il peut en parler savamment ! C’est le système français !

En attendant, en plagiant R. Desnos, rien que pour toi :

J’analyserai le peu que je parle et puis tant pis
Si quelque vaurien surgi de sa pénombre
Voulait me condamner avec hargne et dépit
Il est une autre science où je puis le confondre.

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