16 avril 2017 ~ 0 Commentaire

Co-phili-phobe

Je me souviens d’une anecdote rapportée par Renaud : ses ex-voisins(de la jaquette) flânent dans les rues d’Uzès, l’un aperçoit un autre couple gay tendrement enlacé et lance : « regarde-moi ces petits PD ! »

Ainsi, aussi bizarre que cela puisse paraître, on peut être à la fois homosexuel et homophobe.

Mais, à bien y réfléchir, il est sans doute d’autres situations, a priori paradoxales, où un individu revendiquant le monopole, sinon l’exceptionnalité d’un état, déteste les semblables, trop nombreux ou trop démonstratifs.

Peut-être que les « tatoués de la première heure »  maudissent l’inflation des motifs tégumentaires et méprisent les fashion-victims peinturlurés.

On construit un mot pour désigner le sujet pris dans les rets de ce genre d’ambivalence : co-phili-phobe.

Question à 100 baths : qui déteste le plus la figure du touriste ?

Réponse à débattre : le touriste lui-même, le touriste est cophiliphobe !

Il se rend en Thailande où on lui promet, dans la province de Krabi, l’Eldorado. Alors, muni de son barda de snorkeling, il navigue dans la mer d’Andaman où s’élèvent au loin au dessus de l’eau claire des obélisques calcaires « verdis d’humidité ». La catastrophe de 2004 dans ce coin du monde lui fait penser à des bras suppliants de noyés sur le point de disparaître dans les profondeurs abyssales. Surtout que la verticalité des îles et l’horizontalité de l’eau font penser en se combinant aux traverses et aux hampes des croix chrétiennes.

A moins que ces pics qui sortent de l’eau soient le majeur de Neptune qui salue régulièrement le troupeau de voyageurs de pacotille.

Il aperçoit des îles a priori vierges offrant de somptueuses plages « dominées par d’orgueilleuses falaises » mais le bateau le conduit finalement vers un autre tableau, un piton recouvert d’un épais manteau vert où s’agglutinent d’autres embarcations.

Déferlante de touristes sur une petite plage, pullulement de bipèdes « aussi nombreux que des poux de sable »…Té, regarde cet anglais avec son tatouage à la gloire de Fulham et « sa peau éclaté comme un vieux tambour crevé sous la charge que lui bat le soleil ».

Le site est objectivement de toute beauté mais le partager – que dis-je ? l’atomiser – est insoutenable. Il est venu avec l’âme d’un explorateur mais il ne reste plus rien  de sauvage. Il veut se persuader qu’il va vivre une paire d’heures comme Robinson mais il sait que c’est pour Defoe/de faux ! La faute à l’autre !

Y a du monde sur la plage, qu’à cela ne tienne, il s’équipe du masque et tuba, entre facilement dans « une eau que l’on crève comme cerceau de papier « .

Ah, la mer, ce « monde du silence où, à défaut des sons, ce sont les couleurs qui, seules, sont stridentes. »

Il plonge, il observe. Encore raté ! les poissons ne sont pas à la hauteur de ses espérances, beaucoup ont déserté ces « pistes encombrées où courent les hélices stridentes ».

De retour à la plage, un brin dépité, il se rend compte que l’eau est mousseuse. Il y a contribué avec ses couches grasses de crème solaire. On ne se baigne plus dans cette mer, on s’y lave.

V’là que maintenant ça gratouille !  ce sont de minuscules méduses qui s’amusent. Médusé, il sort de l’eau, se sèche et s’empare du portable pour des photos.

« Un coin de paradis » écrira-t-il, en légende du plus beau cliché partagé sur les réseaux sociaux.

Deux mots sont à relever : primo, un coin est un angle et, sans ce bon angle, la photo serait sans intérêt ; segundo, la note explicative du cliché porte mieux que jamais le nom de légende parce que, plus que le paradis sur terre, cette plage est…un enfer balnéaire.

bains de mer Morand

 

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