03 mars 2017 ~ 0 Commentaire

Le freak, c’est chic

Guillaume Bats : « Quand on démarre, dans ce métier, on commence par faire de la figuration. Mais pour être un bon figurant, il faut être transparent, banal, insipide. Vous, monsieur, par exemple, vous auriez fait un excellent figurant. Parce que vous ne dégagez rien. On ne vous remarque pas. Mais moi, comment vous voulez qu’on me remarque pas ? La scène de Titanic où Kate Winslet écarte les bras et gueule « je vole, je vole », pendant que l’autre abruti lui tient la taille…Imaginez qu’à ce moment-là je sois derrière eux en train de passer la serpillère sur le pont…T’en as plus rien à branler, de la conasse.« 

titanic

Avec l’image, on mesure la pertinence de son propos.

En général, il y a une hiérarchie dans les plans

sd plan

mais, exceptionellement, comme le suggère Guillaume Bats, les stars se font voler la vedette. C’est l’intuition qu’a Carl Hagenbeck, le grand promoteur de zoos, quand en 1874 il fait venir à Hambourg une trentaine de rennes accompagnés d’une famille de Lapons ; il a compris que l’homme fait plus recette que l’animal. Même constat à la même époque pour G. Saint-Hilaire, le directeur du jardin zoologique d’acclimatation. « S’apercevant que des chameliers « indigènes » suscitent chez les visiteurs une curiosité bien plus grande que les animaux qu’ils accompagnent, il décide d’organiser en 1877, deux « spectacles ethnologiques » au jardin, en présentant des Nubiens et des Esquimaux. Le succès est foudroyant. » Le zoo humain a de belles années devant lui.

Il y a 150 ans, Guillaume Bats n’aurait pas été sur scène pour un one-man-show mais aurait été exhibé de son vivant comme une bête de foire, puis, une fois décédé, disséqué en public à l’instar de la Vénus Hottentote ou Joice Heth.

« Approchez, approchez…approchez mesdames et messieurs, approchez, regardez-le comme il est beau ! »

Un phénomène, une curiosité, un monstre !

Selon Zemmour, n’en déplaise à son étymologie, le monstre n’est pas toujours ce que l’on montre. Il y a les monstres…par omission. Ainsi, dénonçant l’égalitarisme et la féminisation de la société française, il fustige le sitcom Hélène et les garçons qui n’échappe pas à l’air irrespirable des années 90 : « On a demandé aux hommes d’être des femmes comme les autres: ne plus devenir père – ces monstres innommables de la société contemporaine -, mais une deuxième mère.« 

A son grand mécontentement, filles et garçons sont interchangeables chez AB productions. « Cri-cri d’amour » a un surnom de tapette et est moins viril que sa nana Johanna, Nicolas et José ont des coupes de cheveux de tarlouzes…

cricri

« Ils ont des gueules d’ange et se tiennent la main. Elles sont étudiantes, ils sont musiciens ; mais ce pourrait être l’inverse. Les cours, les examens, les profs sont absents de leur univers, seulement occupé par la cafétéria, la salle de sport, ou leur chambre de colocataires, et parfois le studio d’enregistrement : elles se piquent de chanter et eux de composer. Ce ne sont que tendres effusions et délicates attentions. On se découvre, on se plaît, on s’embrasse, on s’aime, on se querelle, on se sépare, on se reprend et on se déprend. Les filles se racontent leurs histoires de cœur ; les garçons aussi. Ils sont sentimentaux en diable. Ils aiment ou s’interrogent sur leur amour. Si on ferme les yeux, on ne sait pas qui parle, fille ou garçon, indifférencié.« 

Toujours en rapport avec le petit écran et par antithèse, le « soutier du déclinisme » qui reproche à la France de préférer les « perdants magnifiques » (Poulidor, EDF de Kopa, EDF de Platini, Saint-Etienne de Herbin…) aux « vainqueurs calculateurs » (Anquetil, Seleçao de Pelé,mannschaft de Rummenigge, Bayern de Munich…), salue le succès de Dallas et de son magnifique salaud, le monstre JR.

Je me suis dit, avec Zemmour et ses zemme/zemme-pas, je vais bien trouver dans son Suicide Français, un commentaire savoureux sur Loft Story. J’ai parcouru superficiellement son bouquin (que je n’ai pas acheté) et n’ai rien trouvé sur la télé-réalité.

Alors je me tourne vers des mecs plus sérieux.

Pascal Blanchard : « Placer un homme, avec pour objectif qu’il soit vu, dans un espace spécifique reconstitué, non pour ce qu’il fait (un artisan par exemple), mais pour ce qu’il est ou pour ce qu’on construit autour de lui est à notre avis la définition la plus précise de ce que sont les zoos humains.« 

Loft Story entre dans ce cadre. On regarde des jeunes qui ne font rien. Comme des animaux au zoo. On attend, on espère seulement qu’ils se frittent, ou mieux qu’ils se frottent, c-à-d qu’ils copulent.

LoanaJE

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